RED STAR OLYMPIQUE MARSEILLE VU PAR LA PRESSE
 
RED STAR 93

HUMANITE DU 28 OCTOBRE 1995

PAROLES DE SUPPORTERS

Avant le match face à l'OM au stade Bauer demain, Henri, soixante et un ans, et Olivier trente cinq ans, racontent et confrontent leur passion pour le club audonien. Loin des clichés habituels.

supporters
Henri, à gauche en compagnie d'un supporter du Red Star,
aujourd'hui "exilé" dans le Sud Ouest de la France.
Ils fêtent ensemble la fin de la saison 94-95.

L'un à soixante et un ans et fut artisan dans le bâtiment, avant de prendre sa retraite il y a un an. L'autre à trente cinq ans et travaille dans la Fonction publique. Henri et Olivier sont tous les deux supporters du Red Star, chacun à leur manière. Le premier habite Saint-Denis où il a presque toujours vécu, le second, pur Parisien, réside près des Halles.

PREMIERE FOIS

"J'ai pratiqué le foot jusqu'à quarante deux ans, explique Henri. J'ai joué une saison au Red Star, quand j'étais au centre d'apprentissage de Saint-Ouen. J'avais quinze ans. La passion du foot m'est venue toute seule. Mon père, qui m'a eu à trente-neuf ans, donc tard, n'était pas un fervent du foot. J'étais obligé de donner mes affaires de sport à mes copains pour que mes parents ne s'aperçoivent pas que je jouais au ballon. Ils ne voulaient pas entendre parler de ça. A force de jouer, je suis devenu un mordu, un scellé. Mes parents ont été obligés de le découvrir, parce que j'ai été sélectionné dans les Cadets de Paris. Et là, mon père est devenu fier".
Olivier, lui, reconnaît volontiers l'influence du père à l'origine de son amour du Red Star : "la première fois que je suis allé à Saint-Ouen, je me souviens très bien, c'était en 1968. Mon père m'avait emmené. Le Red Star jouait contre Saint-Etienne. C'était déjà le grand match de l'époque. A la fin des années cinquante, les Verts étaient très bons. On avait perdu 5-0. J'étais un peu conditionné, puisque, à 4-0, je me rappelle avoir pleuré. C'était catastrophique. J'allais voir le Red Star pour la première fois".

VALEUR

"Je fais notamment du basket, confie Olivier. J'aime le sport en général. Le sport défend des valeurs qui ont tendance à s'évaporer au fil du temps. Le Red Star représente ces valeurs qui me semblent importantes, comme le respect des arbitres, des joueurs, ne pas être obsédé par le résultat à tout prix, une certaine forme d'éducation. Il y a une idée du sport" Ce qu'Henri, résume ainsi : "Au Red Star, il y a plus de sincérité".

AFFLUENCE

"On était seulement trente pour le déplacement à Laval, regrette Henri. Et c'est une équipe qui n'est pas poussée à domicile par les supporters. C'est désolant. Même les joueurs nous le disent : Jouer dans un stade aussi vide nous coupe notre élan, notre motivation. Cela fait trois ans que l'on tient le haut du pavé, mais c'est toujours pareil. Il y a le même nombre de spectateurs et presque toujours les mêmes. Aujourd'hui, dans la tranche 25-40 ans, on trouve très peu de supporters". Olivier en est le contre-exemple. Lui aussi déplore les faibles affluences de Saint-Ouen : "A Paris, si on n'est pas au sommet, j'ai l'impression qu'il faut faire beaucoup d'efforts pour pouvoir bouger les gens. Mais, l'année dernière, Gueugnon est monté avec des affluences inférieures ou égales à celles du Red Star".

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De jeunes supporters à Bauer, au milieu des années 90

STADE

"Je serais très content que l'équipe monte en D 1, assure Olivier, mais il faudrait un nouveau stade. On ne peut pas continuer à aller à Saint-Ouen et se prendre la pluie sur la tête parce que la gouttière est percée, ni se heurter à des poteaux parce qu'il y a des poteaux partout".
Henri réfute ce point de vue : "On dit que les gens ne viennent pas parce que le stade est vétuste. La personne qui aime le foot et une équipe se moque bien du stade. Elle s'arrange pour ne pas être derrière un poteau".

PSG

"Je ne me vois pas supporter un club avec lequel je ne me sentirais pas en phase, dit Olivier. je suis allé au PSG quand il y avait Tokoto, M'Pelé, Dalheb. Mais je ne veux plus aller au Parc. C'est devenu une vaste histoire de business. Les dirigeants ont une volonté hégémonique. Le PSG n'a pas le temps d'attendre. Alors que le Red Star si. Que Luis Fernandez, que je respecte par ailleurs, n'essaie pas de nous faire croire que le PSG forme des jeunes".
Henri est tout aussi sévère : "Je ne vais pas au PSG, cela ne m'intéresse pas. Les dirigeants montrent trop qu'ils ont de l'argent".

ARGENT

Ce que Henri résume par ces mots : "Le foot, c'est devenu du fric, de la politique. Il faut revenir enfin au terrain, au jeu". Olivier l'exprime ainsi : "Quand les joueurs disent qu'on n'a rien à leur demander sur la société dans laquelle ils vivent ou sur les problèmes de notre temps et qu'ils avouent n'être simplement payés que pour jouer au foot, je trouve cela lamentable. très peu de joueurs ont idée du salaire des gens dans les tribunes. Ils pourraient un peu s'occuper de ce qui se passe autour d'eux. Il faut sortir de cette logique PSG OM, essayer d'élargir, parce que ces gens-là n'ont rien à dire ou alors ils racontent des bêtises".

BANLIEUE

"Pour les jeunes qui font du foot en Seine-Saint-Denis, le Red Star peut et doit représenter quelque chose assure Olivier. Cela doit représenter une chance. Des jeunes sont capables de se retrouver en équipe première s'ils sont bons et qu'ils bossent".

JEUNES

"Vu que le club est conventionné avec d'autres clubs, il devrait développer un système de navette, poursuit Olivier, qui emmèneraient des jeunes qui deviendraient peut-être des spectateurs potentiels. Ce sont des garçons qui n'ont pas forcément 30 francs ou 50 francs de leurs parents. Ils verront qu'il n'y a pas ces cris de haine qui retentissent quand un joueur de couleur a la balle. Je me souviens d'une émission de télévision avec des groupes de rocks invités. On les questionnait sur leurs goûts en général. Les Négresses Vertes et Tonton David ont dit qu'ils préféraient le Red Star au PSG. Je suis un peu utopiste, mais j'imaginerais très bien, après un match, un concert gratuit de Tonton David sur la pelouse de Saint-Ouen".

AMBIANCE

"Si je vais à Saint-Ouen, c'est parce que, à la limite, s'il ne se passe rien sur le terrain, j'ai toujours des gens à côté de moi et on parle d'autre chose, se réjouit Olivier. Il est important d'aller voir un match de foot et de trouver des gens capables d'autre chose que d'insulter les joueurs".

SAINT-OUEN

Pour Olivier, Parisien de toujours, se rendre à Saint-Ouen, signifie beaucoup : "C'est un trajet. C'est l'ambiance des bus quand le match avait lieu le dimanche après-midi. C'est d'arriver par différents chemins. Ce sont les cafés en face. C'est un Paris qui n'a pas tellement changé. Là bas, il y a quand même des figures, une certaine gouaille. Les gens qu'on trouve à Saint-Ouen, ce ne sont pas cadres supérieurs en général. Il y a une certaine humilité, une espèce de simplicité de gens qui ont de l'humour, avec qui ont peut parler de tas de choses".

MONTEE EN D1

"Je ne sais pas si cela serait très bien vu par tout le monde, avance Olivier. Je ne pense pas que Canal +, je n'arrive pas à dire PSG, serait très content qu'il y ait une deuxième équipe en D 1 dans la région parisienne. Cela ferait en plus une sorte d'antagonisme à la londonienne ou à l'italienne. Il y a toujours dans chaque ville deux clubs avec des raisons sociales différentes. Mais on a vraiment besoin d'une étoile rouge en D 1. J'aimerais que l'équipe monte avant l'an 2000".

Olivier
Notre ami Olivier, pensif à la sortie de Bauer et pourtant ce soir là,
le Red Star en D 2, le 30 septembre 1995 écrase Alès 6-0 !

* petite confusion dans le score, il s'agit d'un 5-1 pour Saint-Etienne, en 1965 ou en 1969.

Nous précisons que ses supporters sont toujours très attachés au Red Star, plus de six ans après, ils continuent de suivre le Red Star, le premier vient régulièrement à Marville (il habite à quelques centaines de mètres de Marville, le second moins souvent pour des motifs professionnels, mais continue plus que jamais à suivre le Red Star à travers le site. Son fils, Antoine dix ans a eu droit de connaître le "temple" de Bauer et à chaque soirée de championnat, il s'inquiète du résultat du Red Star mais aussi du principal concurrent Valenciennes).

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