LES FOSSOYEURS, 1948  RED STAR 93

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Nous reproduisons l'intégralité du bulletin "SHOT" du club des supporters du Red Star Olympique Audonien, paru en mars 1948, quelques semaines avant la fusion ou plus exactement l'absorption du Red Star par le Stade Français.

LES FOSSOYEURS

Les responsables de la Section "Pro" du Red Star viennent de mettre le point final à leur déplorable gestion en vendant notre vieux Club à ses rivaux Stadistes. Il y a longtemps que rien ne nous étonne de la part de ces Messieurs qui ont déjà donné, à maintes reprises, des preuves de leur absolue incompétence. Mais tout de même, il y a des limites et nous nous attendions pas à leur dernière décision.
Ainsi le nom du Red Star, nom si glorieux qu'il semble impossible d'imaginer le football français sans lui, serait condamné à s'ils avaient été un tant soit peu consciencieux auraient cédé leur place depuis belle lurette. La renommée du Red Star était trop grande et écrasait de tout son éclat les êtres falots qui s'étaient crus capables d'en diriger la Section "Pro". Que d'erreurs accumulées notamment les trois saisons qui ont suivi la Libération. On ne fait pas mieux dans le genre à tel point que, si l'on était un peu méchant il serait permis de se demander si l'enterrement n'était pas préparé de longue date !
Nous, Supporters ardents et désintéressés, souffrons profondément de cet état de choses. Nous avions gardé le silence jusqu'à ce jour et nous avons eu tort, mais nous étions soucieux de ne pas accentuer, par nos récriminations, le désordre qui régnait au sein de notre cher Club. Mais, aujourd'hui, la mesure est comble et nous dirons enfin ce que nous pensons de la question, sans aucun souci de plaire ou de déplaire à qui que ce soit, avec en vue le seul bien du club que nous aimons depuis si longtemps. Nous récapitulons toutes les innombrables bévues commises par les dirigeants (?) de la Section Pro.

1. SAISON 1945-1946 . Acquisitions quasi-certaines et cependant "loupées" : DOMINGO, LUCIANO et LEWANDOWSKI.
D'autre part, Hatz est vendu à Lille, sans que la venue de DOMINGO soit assurée. Il est heureux que le Stade nous ait prêté GERMAIN POUR UNE SAISON faute de quoi le Club Audonien n'aurait disposé que de BERTAGNOL. De plus, les dirigeants ne savent pas retenir BICAN qui va jouer à Amiens, sans enthousiasme, et laissent partir au Mans CALMELS que le Stade leur avait également prêté. Le résultat de ces avantageuses tractations ne se fait attendre : en effet, en raison de la baisse de forme de LORENTZ, on est obligé de confier un poste d'arrière à PLANQUES, ce qui, vu l'inaccoutumance de ce joueur à cette place, coûte au Red Star la Coupe de France ou, du moins, diminue très fortement ses chances lors de la finale disputée contre Lille.
Les trois Marocains amenés par GONZALES, c'est-à-dire HAMIRI, KADMIRI et MADANI ne fournissent pas, dans l'ensemble le rendement escompté, car les dirigeants et l'entraîneur s'avèrent incapables de réaliser l'entente indispensable entre les différents éléments de l'équipe. Au sujet de l'entraîneur, nous croyons que le choix de DELFOUR ne s'imposait pas. Sa compétence était certes, indiscutable, mais il avait trop de "copains" parmi les joueurs et son autorité en était certainement amoindrie.

2. SAISON 1946-1947 - SIMONYI est transféré à Rennes sans que son départ ait été compensé par l'acquisition d'un attaquant de sa classe. HAMIRI est cédé au Stade et BADIN à Angers, de sorte que le Red Star ne possède plus d'ailier gauche, mais par contre peut compter sur les services de deux ailiers droits (ASTON et MOULET). Que font alors les dirigeants ? Ils achètent un ailier gauche ? Pas du tout, mais bel et bien un troisième ailier droit (SCOLARY).
MINDONNET donnant de très grosses promesses au poste de demi-centre, on s'empresse d'acquérir Louis PONS pour faire opérer MINDONNET à la place de demi-aile, place pour laquelle il n'a, apparemment, aucune disposition, étant un défenseur né. Toute personne un peu avertie des choses du football s'aperçoit de cela, seuls les responsables ne le savent pas !
Le Red Star disposant d'importantes réserves (?) se paye le luxe de vendre ASTON à Angers et de prêter KADMIRI au même Club. Enfin Esteban GOMEZ est transféré à Besançon.
Reste le cas KAREL. Ce joueur remarquable technicien, aurait considérablement renforcé une ligne d'avants qui en avait grand besoin, mais il fallait aller le chercher à Prague et c'est loin ! Nous savons bien qu'un émissaire du Red Star y est allé, mais un peu tard, comme toujours. D'ailleurs, le souci des formalités est poussé, place Clichy, au dernier degré : car il nous souvient qu'au retour du Parc des Princes (match Red Star - Strasbourg), le car qui nous ramenait s'arrêta spécialement devant la Grande Poste de la Rue du Louvre pour permettre à Monsieur Curien, alors secrétaire du Club de déposer une lettre recommandée à destination de la Tchécoslovaquie alors que le délai possible de qualification pour le joueur précité expirait le lendemain ou le surlendemain. Lettre inutile comme le reste.

3. SAISON 1947-1948. Dès l'ouverture de la période des transferts, triple coup de théâtre ! Les dirigeants manifestent leur intention de se débarasser de BERSOULLE, LOZIA et MINDONNET !
Il y a quelque temps, Monsieur VUILEMIN écrivait dans "L'Equipe-Elans" que BERSOULLE avait très peu joué avec son nouveau Club, c'est-à-dire Angers et que par conséquent son transfert se justifiait. Monsieur VUILLEMIN oublie certainement que BERSOULLE a été blessé après son départ du Red Star et, qu'au moment où il a quitté ce Club, il était parfaitement valide. La valeur de ce joueur avait, peut-être, très légèrement baissée, mais quelle énergie, quel capitaine ! Nous ne sommes pas près d'oublier les matches que BERSOULLE nous a gagnés et particulièrement trois parties contre le Stade.
Quant à LOZIA, c'est un cas vraiment drôle ! On fait un marché désavantageux en l'échangeant contre WYFFELS et, ce qui est le plus beau, c'est que jugé indésirable au mois d'août, il est déclaré indispensable quelques mois plus tard et réintégré dans la ligne d'attaque audonienne. Encore une brillante opération financière à l'actif de nos avisés pontifes !
Enfin MINDONNET, un espoir authentique celui-là, la grande trouvaille est de le troquer contre RANZONI dont le Red Star n'avait pas voulu, deux ans auparavant, lui ayant préféré LOZIA. Nous ne mettons pas en doute la valeur de RANZONI, mais nous estimons qu'il fallait garder MINDONNET à tout prix. Il opère à l'heure actuelle, à Strasbourg et les dirigeants alsaciens ont tout lieu de se féliciter de leur choix.
Autres affaires malheureuses : cession définitive de KADMIRI à Angers, vente de MATHIEU à Saint-Etienne et acquisition d'André PONS. Quand un Club est soi-disant aussi pauvre que le Red Star prétend l'être, il se contente de deux gardiens "pros" (CROSLAND et DELACHET). Au sujet de CROSLAND, le différent qui l'opposa à son Club au début de la saison a coûté beaucoup plus cher au Red Star que la somme qu'on lui refusait.
Pour terminer avec la présente saison, nous rappelons qu'il était possible de se renforcer avec le Hongrois DANKO et le Tchèque ROEDER, mais comme pour KAREL, ces Messieurs se débrouillent tellement bien que les deux joueurs en question évoluent actuellement, respectivement, à Lyon et à Lille.
Nous ne parlerons que pour mémoire des deux Argentins proposés par SCOPELLI et du Portugais TRAVASSOS, car aucun effort sérieux n'a été tenté afin de s'assurer leurs services.
Autres acquisitions ratées : BIENVENU et DROUET.
A la suite de cette extraordinaire série d'erreurs, voici le Red Star au bord du précipice de la deuxième division. Les amis des "vert et blanc" se résignent déjà et se disent : le Red Star est descendu deux fois et est remonté la saison suivante. Espérons qu'il en sera encore de même.
Détrompez-vous, braves gens, le Red Star ne descendra pas ! Il restera en première division ! Mais de quelle façon, direz-vous ? C'est très simple, mais il fallait y penser, ses avisés dirigeants agréant la proposition philanthropique de ce bon Monsieur MALAUD, décident d'accepter, en principe, la fusion de leur section professionnelle avec celle du Club rival et ami (?).
Il paraît que c'est la seule façon de sauver le Club Audonien. C'est un sauvetage qui ressemble beaucoup à un suicide, car, et personne ne s'y trompe, cette soi-disant fusion n'est, en réalité qu'une absorption pure et simple et comme c'est toujours le plus gros qui mange le plus faible, concluez-vous-mêmes !
Nous concevons fort bien que Monsieur MALAUD trouve l'affaire avantageuse ; mais il nous permettra, de rire lorsqu'il affirme, le plus sérieusement du monde que c'est dans le but de faire diminuer le prix des transferts. Il oublie un peu vite que si les transferts ont atteint ces chiffres astronomiques, il peu se frapper la poitrine et faire son "mea culpa" au même titre que son collègue marseillais Monsieur DANCAUSSE !
Heureusement, qu'en sport, l'argent n'est pas tout, Monsieur MALAUD ! LES MODESTES MINEURS DE LENS VIENNENT DE VOUS LE RAPPELER UNE FOIS DE PLUS !
Nous devons reconnaître que, si la fusion se réalisait, vos billets de banque serviraient quand même à quelque chose en l'occurrence à procurer un palmarès au Stade, car sur le plan national le sien est plutôt anémique en ce qui concerne le football. Avouez que cela ferait bien de lire dans la presse : STADE FRANÇAIS RED STAR, 5 fois vainqueur de la Coupe de France, 2 fois champion de deuxième division, 1 fois champion de la Zone Nord. Cela impressionnerait peut-être les profanes, mais pour ceux qui savent avec quels joueurs ces 5 finales de Coupe ont été gagnées, ce serait plutôt risible. Nous vous donnons ci-dessous la liste des joueurs ayant enlevé cette épreuve avec le Red Star, car c'est au moment où ce Club est à l'agonie qu'il nous plaît de vous rappeler les noms de ceux qui ont assuré sa gloire : CHAYRIGUES, MEYER, GAMBLIN, MARION, HUGUES, BONNARDEL, BOURDIN, BROUZES, P. NICOLAS, NAUDIN, CLAVEL, THEDIE, CORDON, JOYAUT, SENTUBERY, ESPANET, DIAZ, DOMERGUE, CHANTREL, BARON, WARTEL, LUND, MARTIN, LEBRETON, DA RUI, HERRERA, ROESSLER, G. MEURIS, BRAUN, SERGENT, ASTON, SIMONYI, BERSOULLE, JONCOURT ET VANDEVELDE. Examinez attentivement cette liste et vous y trouverez seulement trois "Stadistes" : ASTON, HERRERA et SIMONYI. C'est peu pour revendiquer toute cette gloire.
Pour conclure, nous vous dirons que le Red Star est peut-être moribond ; mais que vous ne le tenez pas encore, car nous espérons bien vous l'arracher à l'issue de l'Assemblée Générale qui, seule, a autorité pour entériner ou casser les décisions des fossoyeurs du Comité de Gestion des Audoniens.

LE RED STAR N'EST PAS ENCORE MORT !
LE RED STAR NE PEUT PAS MOURIR !
LE RED STAR NE MOURA PAS !

Robert Louis
Secrétaire-Trésorier Général du C.S.R.S.O.A.

NON !

En ma qualité de président du Club des supporters du R.S.O.A., il est de mon devoir de faire appel à tous les membres du Club appartenant également au Red Star et de leur demander de venir à l'Assemblée Générale qui aura lieu le 15 avril 1948, dans la Salle des Mariages de la Mairie du 18ème arrondissement. Dans l'intérêt même du Red Star, je leur conseille vivement de répondre "NON" au projet de fusion de la Section "Pro" avec celle du Stade Français F.C. Je suis persuadé que tous les membres des différentes Sections amateurs du Club Audonien seront d'accord avec nous pour le maintien du Red Star Olympique Audonien parmi l'élite du football français, soit en première, soit en deuxième division du championnat professionnel.
Groupons-nous tous, le 15 Avril, pour que continue à vivre le Red Star Olympique Audonien dont le passé est la garantie d'un glorieux avenir.

Robert VERNON
Président du C.S.R.S.O.A.

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